coup de blues

Publié le par Marie

Le léonberg visiteur doit être rigoureux dans son entraînement ... 

 

C'est pourquoi pour combler de joie les gentilles éducatrices du lundi (hein Anaïs ?) le léonberg visiteur s'entraînera le plus souvent possible à s'assoir sur les genoux des uns et des autres.

Surtout des autres.

C'est mieux.          DSCF8160  

 

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 Impressionée par le zèle de mon Ernest, nous filons à la maison de retraite. Un p'tit détour s'impose à l'unité de jour Alzheimer.

Opération très réussie pour Athos qui reçoit deux caresses et trois tranches de rotis. Oui le bonheur existe.

Pour Athos c'est entre 12h53 et 12h56 tous les mardis.  

 

Nous ne traînons pas à l'unité Alzheimer car je suis un peu en retard. Nous fonçons retrouver Mme Desportes. Elle nous attend dans le salon et dès qu'elle nous entend elle s'écrie : "enfin, les revoilà" ! Les gros vont la saluer bien vite, tout en légèreté.

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Elle nous sourit mais elle semble très triste. 

Comme je la questionne, elle craque et se met à pleurer. Elle pleure sur sa solitude, elle pleure car elle ne "sert plus à rien plus, ni à personne" et me dit qu'elle préfèrerait ne plus être ici bas, qu'elle se sent délaissée, mal-aimée. Pauvre Mme Desportes. Quoi faire, quoi dire ? 

Athos vient vite contre elle, comme s'il savait. Ernest reste en retrait, il ne comprend pas ce qui se passe et je pense qu'il est impressioné. 

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Je console comme je peux Mme Desportes. Je lui dis que sans elle, on se serait drôlement embétés le mardi de une à deux parce qu'on ne saurait pas qui aller voir, et je lui dit qu'on adore nos rendez-vous, qu'on ne les louperait pour rien au monde. Ce à quoi, elle me répond entre deux sanglots : "ça je le sais, et moi j'adore mes chiens du mardi". Puis prise de remords, elle rajoute "leur maîtresse aussi d'ailleurs" et elle me fait un gros bisou. Puis, elle s'accroche à Athos pour le papouiller, le serrer tout fort dans ses bras.

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En discutant, j'arrive à la faire un peu sourire quand même. Une vieille dame rentre par hasard dans la pièce et demande à Mme Desportes d'où sortent ces chiens.

Sa réponse est immédiate : "ce sont des chiens, tu vois bien ! mais pas n'importe lesquels. Ce sont des léonbergs. La meilleure race du monde parce que c'est la seule race qui apporte autant de bonheur aux vieilles dames".  

 

DSCF0302La voilà qui sourit franchement maintenant. Puis, elle regarde Ernest et lui dit "Siiiiit down !" et mon Ernest bilingue arrive et s'assoit sur ses genoux !

(c'est surtout parce qu'elle l'invite à s'assoir sur ses genoux avec un geste de la main. Car, vous l'aurez compris : Ernest n'est pas bilingue, c'est un matheux).  

Cette posture a pour effet de la sortir de sa mélancolie par un grand éclat de rire ! Je suis tellement surprise que je ne pense pas à lui demander d'où elle parle l'anglais...

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Alors nous discutons à nouveau. Elle est un peu moins triste, mais la solitude est toujours pesante pour elle, c'est certain. Et nous sommes bien impuissants. Alors, nous décidons qu'elle m'écrira et qu'elle me téléphonera si elle a à nouveau le cafard . Je ne sais pas si elle le fera, mais peut-être de savoir qu'elle peut le faire en cas de besoin peut l'aider.

Quand nous la quittons, elle me fait lui promettre qu'on reviendra bien mardi prochain, sans faute, à l'heure précise.

Oui, Mme Desportes, nous serons là, fidèles au poste !

 

M. Leroy est absent aujourd'hui. 

Une dame a souhaité nous rencontrer. Elle porte le jolie prénom d'Ignatie, car me dit-elle son père était fan de Fernandel. 

Cette dame très réservée est pratiquement aveugle. Elle semble un peu intimidée par la présence des toutous, qu'elle devine très gros mais dont elle ne parvient pas à imaginer le gabarit. 

Mon Ernest arrive tout joyeux et je pressens qu'il veut faire un siiiit down magistral. Alors je l'arrête en plein élan et lui propose de tendre sa jolie pattoune à chaussette blanche à Ignatie. Elle le tâte, me sourit et me dit "ça doit être grand et gros comme chien ". Bof, pensez-vous... 

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Puis Athos s'approche pour lui faire un câlin, ce qui la fait sourire. Ignatie n'est pas bavarde. N'empêche qu'elle sourit en caressant les poilus. Au moment de partir, elle nous dit qu'elle pense qu'elle s'habituerait drôlement bien à nous voir toutes les semaines et qu'elle croit qu'elle aimerait bien ça...

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La semaine prochaine, M. Leroy sera à nouveau là, j'espère en pleine forme.

 

Voilà. Les séances ne sont pas toujours très drôles. Elles reflètent les états d'âme de ceux à qui nous rendons visite et parfois, ils vivent des moments difficiles.

On peut, bien entendu, se sentir impuissant face à certaines détresses, mais finalement, je me dis qu'être là auprès d'eux et parler peut aussi leur apporter un petit peu de réconfort. C'est ce que j'espère. Mme Desportes ne m'a pas téléphoné : c'est sûrement bon signe ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Mai 2011

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Commenter cet article

Caro 29/05/2011 18:57



Vous faites déjà beaucoup, mais vous ne pouvez pas non plus l'impossible. Leur apporter régulièrement de la joie, de la vie dans leur quotidien qui doit être pour la majorité bien
monotone, et une écoute attentive, c'est déjà énorme...



Marie 30/05/2011 07:41



Oui, c'est très juste ce que tu dis : on ne peut pas l'impossible.



cadix 28/05/2011 22:39



C'est vrai que nous sommes confrontés à la souffrance physique quelquefois, mais surtout morale ! Nous faisons tout ce que nous pouvons pour apporter un peu de bonheur, mais quelquefois c'est dur
de faire passer le message ! Parfois,  il m'arrive de ressortir de ces visites un peu triste et pas très contente de ne pas avoir réussi à capter un regard, ni à établir le dialogue.
malheureusement, ça m'arrive également !


Un gros bisou Marie et caresses aux léos. FRANCOISE



Marie 29/05/2011 07:57



Oui, c'est frustrant : on aimerait pouvoir tout soulager....mais bon, pas toujours facile.



Anne et Cat 28/05/2011 18:41



Les chiens sont très doués pour intervenir quand il le faut... De véritables psychologues.


Bonne soirée


Anne



Marie 29/05/2011 07:55



Oui, leur sensibilité est impressionnante.



bellane over-blog.fr 28/05/2011 06:46



je pense  que c'est un beau geste,dans toute cette souffrance humaine*


bon week end



Marie 29/05/2011 07:55



Merci.



Françoise 28/05/2011 00:42



Il y a ces moments de tristesse, bien sûr ...


Mais je crois vraiment que c'est un grand réconfort de pouvoir partager les moments de faiblesse, d'être entendu sans réponses superficielles, d'être reconnu tel qu'on se ressent. Les chiens
savent naturellement partager ainsi, et nous qui accompagnons nos chiens, nous apprenons à parler peu mais vrai et devons faire confiance à la vie : du gris parfois et puis la situation s'éclaire
tout d'un coup !


Les personnes malades d'Alzheimer en Cantou se rendent parfois compte de leur enfermement matériel (les portes sont fermées à clé) et intérieur (perte consciente de la mémoire) : ils se révoltent
parfois et il faut entendre leur souffrance : c'est peu, mais je crois que c'est utile. Une main qu'on serre, un bisou sur la joue, rester un peu plus longtemps le temps que le temps
s'éclaircisse, on arriveparfois à consolerun peu.


Nos chiens y sont experts en tout cas !



Marie 29/05/2011 07:54



Merci de ton analyse, qui est bien interessante effectivement. Je me rends compte aussi que nos visites ne sont pas pour les personnes en détresse , des simples visites, mais une véritable bulle
d'oxygène.